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  Biographie - Stephan Eicher
 
 

Pastille nacrée sur ciel noir, au cœur des montagnes de Suisse alémanique, la lune jouait sur la fontaine du Kursaal d'Engelberg d'où s'échappaient, insolites, l'accord léger d'un yukulele, un chant de uillean pipe, des voix parlant suisse-allemand, allemand, anglais, français, italien... : Stephan EICHER et ses musiciens répétaient.

C
elui qu'on appelait "le suisse errant", "le barde helvète", bûchait avec son équipe sur ses prochains concerts, attisant la musique d'une voix douce ou tourmentée, toujours précise, quelquefois dure, à l'accent exaspérant ou irrésistible.

Ces moments appartiennent désormais à l'histoire de Stephan EICHER, auteur, compositeur, interprète, né le 17 août 1960, à Münchenbuchsee, près de Berne, en Suisse.

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De sa mère, il dit en souriant que c'est une femme libre et fière, descendante de sorcière. De son père, qui travaillait dans l'électroménager, on sait qu'il est musicien multinstrumentiste et issu d'une famille yenish (petit peuple voyageur aux origines mystérieuses, peut-être indiennes, pas vraiment tzigane).

Stephan grandit entre ses deux frères, Eric et Martin, un peu à part, plus à l'aise avec les instruments de musique de son père qu'avec les gens.

A 11 ans, il entre dans un internat au système d'enseignement non traditionnel (les élèves y élisent le directeur) où il poursuivra sa scolarité et fera l'apprentissage, entre autres, d'un monde cosmopolite et des arts.

Quelques années plus tard, il découvre à Hambourg Patti SMITH en concert et c'est une révélation : Eicher se dit que si cette femme arrive à toucher les autres (lui en particulier) aussi profondément en jouant de la guitare moins bien que lui, il doit pouvoir en faire autant.

L'un des paradoxes de ce musicien qui voulait être cinéaste (il a suivi des cours dans ce but pendant 3 ans à l'école F+F de Zürich dont il est sorti diplômé), c'est en effet cette retenue, à la frange de l'incommunicabilité, qui l'a caractérisé longtemps.

Il faudra attendre que la musique et la vie fassent leur œuvre de transformation pour constater une atténuation des "symptômes".

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Rebelle et avide, il écoute la radio américaine d'Allemagne qui lui donne le goût des DYLAN, Lou REED, THE CLASH, et fonde en 1977 un groupe punk, "THE NOISE BOYS", dont les concerts de perceuses, aspirateurs, batterie et guitare s'achèveront avec l'intervention de la police.

Il enregistre alors sur un dictaphone les morceaux dont il se souvient, une maison de disques entend la cassette et sort l'album tel quel : "STEPHAN EICHER SPIELT NOISE BOYS"... Il vient d'entrer dans le show bizz.

1979 voit la création avec son frère Martin du groupe GRAUZONE dont le titre "Eisbär" (Ours blanc), se vend à plusieurs milliers d'exemplaires en 1981.

L'ampleur de ce succès inattendu effraye le jeune homme qui part à Bologne, y joue les DJ pendant un an, revient, et rencontre, entre autres, le groupe féministe LILLIPUT (dont il partage la tournée comme roadie et guitariste occasionnel) et son futur manager et ami, Martin HESS, qui lui permettra de concrétiser son désir de communiquer... en 4 ou 5 langues et en musique. Ils feront route ensemble et de concert pendant près de 20 ans avant de prendre chacun des chemins différents en l'an 2000.

S'ensuivent en 1982 "SOUVENIR" et en 1983, "LES CHANSONS BLEUES" qui ("Oh ironie!"...) seront refusées par Virgin, sa maison de disques actuelle et Barclay, la précédente.

Grâce à ces albums à base de synthés, il se produit en Allemagne, en Suisse (Zürich), à Paris (aux Bains Douches), au Printemps de Bourges et aux Transmusicales de Rennes, seul sur scène à la tête de ses machines dociles ou rétives, nerveux, précis, racé.

En 1985, Eicher arrive chez Barclay avec "I TELL THIS NIGHT" (co-écrit avec Klaudia SCHIFFERLE, ex-bassiste de Lilliput) et la chanson "Two people in a room" qui l'amène à l'Olympia. Succès. Philippe CONSTANTIN, le nouveau PDG de Barclay, ne s'est pas trompé!

Vient ensuite "SILENCE" en 1987, et le fameux "Combien de temps" écrit par Corinne DACLA. La sensibilité d'Eicher semble aimer la façon dont les femmes voient le monde, leur manière de l'écrire, ça lui va bien et ça lui réussit.

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En 1989, "MY PLACE" marque un tournant. Stephan a travaillé avec MOONDOG, personnage hors normes de la musique contemporaine, a découvert un maître, J.S. BACH, grâce au pianiste Glenn GOULD, et a rencontré son futur fidèle ami et parolier français attitré, l'écrivain Philippe DJIAN (www.philippedjian.free.fr avec, dans les "inclassables" des extraits du petit livret "Carcassonne").

Cet album respire au rythme de ces rencontres, avec un quatuor à cordes, des paroles de Djian ("Sois patiente avec moi") et un Stephan Eicher qui ose se donner en concert avec des musiciens (YOVOH à la basse et VIOLON, ex batteuse de LILI DROP, à la batterie) et non plus seul avec ses machines.

Le terrain est prêt pour l'arrivée en 1991, de l'album qui le sacre star : "ENGELBERG", du nom du village où il est réalisé dans l'atmosphère habitée et l'acoustique unique de son ancien kursaal, avec la complicité notamment de Manu KATCHE, Dominique BLANC-FRANCARD et Pino PALLADINO. Le succès de "Déjeuner en paix", "Hemmige" ("Inhibition"en bernois) ou "Tu ne me dois rien" le ramène à l'Olympia qui en tremble d'enthousiasme.

Il lui permet ensuite d'enregistrer somptueusement "CARCASSONNE" dans le plus bel hôtel de la Cité, un lieu d'âme lui aussi, hors de portée de l'œil rouge, clignotant et froid des studios. Là, Stephan signe un album foisonnant et délicat, contrasté et cohérent.

La vielle et le cromorne y croisent synthés et guitares électriques au fil de "Rivière", "Manteau de gloire" ou "Des hauts, des bas". Le public est ensorcelé et Eicher, look troubadour-rock/chemise blanche et gilet noir, enchaîne une longue, triomphale et épuisante tournée de concerts oscillant entre le gothique flamboyant et le romantisme décadent.

Tout cela donne matière en 1994, à un double album et une video : "NON CI BADAR, GUARDA E PASSA" ("ne t'arrête pas, regarde et passe"), titre emprunté à la Divine Comédie de Dante.

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Epuisé, las des cycles disque-promo-tournée, plein d'un sentiment de vide, selon ses propres termes, Eicher part en Afrique, en Asie, donnant occasionnellement des concerts.

En 1996, le festival de Montreux lui donne carte blanche. Il invite alors "chez lui" ceux qu'il a rencontrés au cours de ce périple (SIAN CHARIA, chanteuse cambodgienne, Djeli Moussa DIAWARA et sa cora...) et offre au festival un de ses plus beaux moments.

La même année, Eicher sort "1000 VIES", son dernier album chez Barclay après le décès de son PDG. Composé entre Lugano et Provence, via des échanges de cassettes avec ses musiciens, cet album très personnel en déconcerte plus d'un par son retour au calme et aux machines, ses textes sombres ("Oh ironie", "Bones") ou tendres ("Dis moi où") et la présence lumineuse d'Ismaël LO sur "Der rand der welt".

En 1997, Stephan Eicher reprend le chemin des petits théâtres pour une série plutôt confidentielle de concerts, "BACKSTAGE CONCERTO". Sur scène et en vrac, des tapis, un frigo, une théière, un canapé, une lampe, un foulard, bref, le salon qu'il n'a jamais eu et où il attend ses "invités". Les cordes sont de retour, les chansons déstructurées et reconstruites, Stephan et les siens ont l'air heureux d'être là, et le public aussi, qui n'oubliera jamais ce moment-là.

Il pourra en retrouver l'atmosphère sur le site qu'Eicher est un des premiers à ouvrir sur internet en 1997.

Mais la musique appelle et c'est en Bretagne, notamment, que Stephan prépare "LOUANGES", enregistré à nouveau à Engelberg.

Il présente cet album au climat doux et tempétueux au cours d'une tournée de plusieurs mois en 1999 et 2000, avec 5 passages à l'Olympia. Le musicien a mûri, l'homme aussi, et le public ne s'y trompe pas : la tournée Louanges est magnifique.

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© *whatever*

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