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sa mère, il dit en souriant que c'est une
femme libre et fière, descendante de sorcière.
De son père, qui travaillait dans l'électroménager,
on sait qu'il est musicien multinstrumentiste
et issu d'une famille yenish (petit peuple voyageur
aux origines mystérieuses, peut-être
indiennes, pas vraiment tzigane).
Stephan
grandit entre ses deux frères, Eric et
Martin, un peu à part, plus à l'aise
avec les instruments de musique de son père
qu'avec les gens.
A
11
ans, il entre dans un internat au système
d'enseignement non traditionnel (les élèves
y élisent le directeur) où il poursuivra
sa scolarité et fera l'apprentissage, entre
autres, d'un monde cosmopolite et des arts.
Quelques
années plus tard, il découvre à
Hambourg Patti SMITH en concert et c'est une révélation
: Eicher se dit que si cette femme arrive à
toucher les autres (lui en particulier) aussi
profondément en jouant de la guitare moins
bien que lui, il doit pouvoir en faire autant.
L'un
des paradoxes de ce musicien qui voulait être
cinéaste (il a suivi des cours dans ce
but pendant 3 ans à l'école F+F
de Zürich dont il est sorti diplômé),
c'est en effet cette retenue, à la frange
de l'incommunicabilité, qui l'a caractérisé
longtemps.
Il
faudra attendre que la musique et la vie fassent
leur œuvre de transformation pour constater
une atténuation des "symptômes".
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Rebelle
et avide, il écoute la radio américaine
d'Allemagne qui lui donne le goût des DYLAN,
Lou REED, THE CLASH, et fonde en 1977
un groupe punk, "THE NOISE BOYS", dont
les concerts de perceuses, aspirateurs, batterie
et guitare s'achèveront avec l'intervention
de la police.
Il
enregistre alors sur un dictaphone les morceaux
dont il se souvient, une maison de disques entend
la cassette et sort l'album tel quel : "STEPHAN
EICHER SPIELT NOISE BOYS"... Il
vient d'entrer dans le show bizz.
1979
voit la création avec son frère
Martin du groupe GRAUZONE dont le titre "Eisbär"
(Ours blanc), se vend à plusieurs milliers
d'exemplaires en 1981.
L'ampleur
de ce succès inattendu effraye le jeune
homme qui part à Bologne, y joue les DJ
pendant un an, revient, et rencontre, entre autres,
le groupe féministe LILLIPUT (dont il partage
la tournée comme roadie et guitariste occasionnel)
et son futur manager et ami, Martin
HESS, qui lui permettra de concrétiser
son désir de communiquer... en 4 ou 5 langues
et en musique. Ils feront route ensemble et de
concert pendant près de 20 ans avant de
prendre chacun des chemins différents en
l'an 2000.
S'ensuivent
en 1982
"SOUVENIR" et en 1983,
"LES
CHANSONS BLEUES" qui ("Oh ironie!"...)
seront refusées par Virgin, sa maison de
disques actuelle et Barclay, la précédente.
Grâce
à ces albums à base de synthés,
il se produit en Allemagne, en Suisse (Zürich),
à Paris (aux Bains Douches), au Printemps
de Bourges et aux Transmusicales de Rennes, seul
sur scène à la tête de ses
machines dociles ou rétives, nerveux, précis,
racé.
En
1985,
Eicher arrive chez Barclay avec "I TELL THIS
NIGHT" (co-écrit avec Klaudia SCHIFFERLE,
ex-bassiste de Lilliput) et la chanson "Two
people in a room" qui l'amène
à l'Olympia. Succès. Philippe CONSTANTIN,
le nouveau PDG de Barclay, ne s'est pas trompé!
Vient
ensuite "SILENCE" en 1987,
et le fameux "Combien
de temps" écrit par Corinne DACLA.
La sensibilité d'Eicher semble aimer la
façon dont les femmes voient le monde,
leur manière de l'écrire, ça
lui va bien et ça lui réussit.
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En
1989,
"MY PLACE" marque un tournant. Stephan
a travaillé avec MOONDOG,
personnage hors normes de la musique contemporaine,
a découvert un maître, J.S. BACH,
grâce au pianiste Glenn GOULD, et a rencontré
son futur fidèle ami et parolier français
attitré, l'écrivain Philippe DJIAN
(www.philippedjian.free.fr
avec, dans les "inclassables" des extraits
du petit livret "Carcassonne").
Cet
album respire au rythme de ces rencontres, avec
un quatuor à cordes, des paroles de Djian
("Sois patiente avec moi") et un Stephan
Eicher qui ose se donner en concert
avec des musiciens (YOVOH à la basse et
VIOLON, ex batteuse de LILI DROP, à la
batterie) et non plus seul avec ses machines.
Le
terrain est prêt pour l'arrivée en
1991,
de l'album qui le sacre star : "ENGELBERG",
du nom du village où il est réalisé
dans l'atmosphère habitée et l'acoustique
unique de son ancien kursaal, avec la complicité
notamment de Manu KATCHE, Dominique BLANC-FRANCARD
et Pino PALLADINO. Le succès de "Déjeuner
en paix", "Hemmige"
("Inhibition"en bernois) ou "Tu
ne me dois rien" le ramène à
l'Olympia qui en tremble d'enthousiasme.
Il
lui permet ensuite d'enregistrer somptueusement
"CARCASSONNE" dans le plus bel hôtel
de la Cité, un lieu d'âme lui aussi,
hors de portée de l'œil rouge, clignotant
et froid des studios. Là, Stephan signe
un album foisonnant et délicat, contrasté
et cohérent.
La
vielle et le cromorne y croisent synthés
et guitares électriques au fil de "Rivière",
"Manteau de gloire" ou "Des
hauts, des bas". Le public est ensorcelé
et Eicher, look troubadour-rock/chemise blanche
et gilet noir, enchaîne une longue, triomphale
et épuisante tournée de concerts
oscillant entre le gothique flamboyant et le romantisme
décadent.
Tout
cela donne matière en 1994,
à un double album et une video : "NON
CI BADAR, GUARDA E PASSA" ("ne t'arrête
pas, regarde et passe"), titre emprunté
à la Divine Comédie de Dante.
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Epuisé,
las des cycles disque-promo-tournée, plein
d'un sentiment de vide, selon ses propres termes,
Eicher part en Afrique, en Asie, donnant occasionnellement
des concerts.
En
1996,
le festival de Montreux lui donne carte blanche.
Il invite alors "chez lui" ceux qu'il
a rencontrés au cours de ce périple
(SIAN CHARIA, chanteuse cambodgienne, Djeli Moussa
DIAWARA et sa cora...) et offre au festival un
de ses plus beaux moments.
La
même année, Eicher sort "1000
VIES", son dernier album chez Barclay après
le décès de son PDG. Composé
entre Lugano et Provence, via des échanges
de cassettes avec ses musiciens, cet album très
personnel en déconcerte plus d'un par son
retour au calme et aux machines, ses textes sombres
("Oh ironie", "Bones") ou
tendres ("Dis
moi où") et la présence
lumineuse d'Ismaël LO sur "Der rand
der welt".
En
1997,
Stephan Eicher reprend le chemin des petits théâtres
pour une série plutôt confidentielle
de concerts, "BACKSTAGE CONCERTO". Sur
scène et en vrac, des tapis, un frigo,
une théière, un canapé, une
lampe, un foulard, bref, le salon qu'il n'a jamais
eu et où il attend ses "invités".
Les cordes sont de retour, les chansons
déstructurées et reconstruites,
Stephan et les siens ont l'air heureux d'être
là, et le public aussi, qui n'oubliera
jamais ce moment-là.
Il
pourra en retrouver l'atmosphère sur le
site qu'Eicher est un des premiers à ouvrir
sur internet en 1997.
Mais
la musique appelle et c'est en Bretagne, notamment,
que Stephan prépare "LOUANGES",
enregistré à nouveau à Engelberg.
Il
présente cet album au climat doux et tempétueux
au cours d'une tournée de plusieurs mois
en 1999
et 2000,
avec 5 passages à l'Olympia. Le musicien
a mûri, l'homme aussi, et le public ne s'y
trompe pas : la tournée
Louanges est magnifique.
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©
*whatever*
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