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Chroniques
1000 vies - 1996
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Lorsque j'ai entendu 1000
Vies, après avoir lu que Stephan Eicher
en avait posé les bases musicales acoustiques
et électroniques dans son home-studio
de Lugano, j'ai pensé à une sorte
de collage musical, les collages "imaginistes"
de Daniel Affolter ou ceux de Stephan Eicher
à l'époque de Carcassonne : un
assemblages de sons très différents,
divers, hétérogènes.
Je n'avais pas tort puisque
l'album a été enregistré,
grâce au traditionnel courrier postal,
via des échanges de cassettes entre ses
musiciens et lui où chacun a apporté
sa pierre à l'ouvrage. Toujours Manu
Katché à la batterie, Pino Palladino
à la basse et le jeu brillantissime de
Sonny Landreth à la slide guitar sur
"Walking", "Elle mal étreint"...
Que pouvait-on bien attendre
d'un album composé ainsi, apparemment
de bric et de broc? Comment un tel ouvrage pourrait-il
bien tenir la route?
Il a tenu tant et si
bien que ce diamant noir luit de mille feux
sombres dans la carrière d'Eicher, malgré
des critiques éparses éreintantes
et un public déconcerté, encore
sous l'emprise d'"Engelberg" et "Carcassonne".
C'est de cette hétérogénéité
de départ que l'album semble finalement
avoir tiré sa fragile puissance et son
rang d'album personnel et original.
Certains esprits chagrins
regretteront sans doute qu'il ne soit pas suffisamment
imprégné des souvenirs des voyages
qui l'ont précédé, des
rencontres musicales et des sons que Stephan
Eicher a récoltés au long de ses
périples en Amérique du Sud, à
Madagascar, en Afrique, en Asie ... Qu'importe,
il y a la cora de Djeli Moussa Diawara sur "Dis-moi
où" et la voix du chanteur Sénégalais
Ismaël Lo, pour un lumineux duo : "Der
Rand Der Welt". C'est déjà
beaucoup!
"Der Rand der Welt",
une des chansons phare de cette album qui entremêle
suisse-allemand et wolof, pied de nez à
la xénophobie et aux attaques des foyers
d'immigrés en Suisse, est aussi et surtout
la chanson hommage de Stephan à son grand
ami, Philippe Constantin, le PDG de Barclay,
emporté par le paludisme à Dakar
en 1996.
Cet album marque d'ailleurs
la fin de la collaboration de Stephan avec sa
maison de disque de l'époque puisque
"Mille vies" est le dernier album
sorti chez Barclay.
Les textes français
sont toujours de Philippe Djian et toujours
empreints de cette sensualité dont il
a le secret et de la quotidienneté unique
des choses. Stephan les fait siennes et nous
offre ces chansons : "71/200", "Dis
moi où", "Elle Mal étreint",
"Traces", "Oh Ironie" (et
les arrangements de Nova Nova!) et bien sûr,
"1000 Vies", belles comme les bagues
à poisons du temps des Borgia .
Les textes en anglais
sombre, imagé, luxuriants ou bruts de
Stephan Eicher et de Sam Broussard sur "Bones",
"Walking", musique rythmée
par la frappe dense de Manu Katché, dynamisée
par les pincements de corde de la guitare de
Sam Broussard ou le jeu aérien de Sonny
Landreth.
Parmi les surprises de
cet album, on remarque la chanson "Forever",
où la surprenante voix de tête
de Stephan accompagne parfaitement les paroles
et la musique douces-amères sur lesquelles
le talentueux compositeur et chef d'orchestre,
Pierre Adenot ( BO de "Kennedy et moi",
"Les aveux de l'innocent") a posé
des arrangements somptueux . On retrouve également
les traits symphoniques de ces arrangements
sur "1000 vies" et "Traces"
et des traces du Canon de Pachelbel sur "O
Ironie"
"In Wolken"
m'a aussi fait découvrir que la douceur
et la délicatesse pouvaient être
suisse allemande (avec l'aide de Nova Nova!
;).
Voilà l'histoire,
braves gens, d'un album bien mal aimé,
qui s'appelle "1000 Vies" ...
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Assurancetourix
- Juin 2004 |
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Comment peut-il savoir
? Toutes mes vies chaque fois détruites,
puis reconstruites ? J’absorbe chaque
endroit nouveau pour en faire ma culture. J’apprivoise
le temps et l’espace pour m’en gorger,
comme un fruit se gorge de pluie et de soleil,
afin d’être autre chose qu’une
éphémère luciole happée
par l’éternité… Comment
peut-il savoir ? Il sait ! Car (1000 vies) c’est
aussi Sa vie aujourd’hui entre parenthèses…
mais qui l’a remarqué ? comme la
mienne en ce moment dans ce pays d’Afrique.
Chaque album est 1000 vies. Celui-là
donc pas plus, ni moins qu’un autre. Ce
titre marque seulement un voyage autour du monde
à la rencontre de peuples si différents.
J’imagine alors le regard de Stephan Eicher
sur ces populations croisées en chemin,
sur leur culture, leurs cultures, sur leur histoire,
leurs histoires, sur leur nourriture, leurs
nourritures… et se disant finalement que
ces vies transposées dans un autre espace
ne sont sans doute pas si éloignées
des nôtres – seulement adaptées
à l’endroit.
Alors, il écrit (ou fait écrire)
des histoires d’hommes qu’il met
en musique, dans des atmosphères différentes
et auxquelles il ajoute quelques souvenirs (pas
trop… il faut laisser les choses à
leur place) ramenés de toutes ces vies
entre parenthèses, (sa vie). C’est
la voix d’Ismaël Lo, l’artiste
sénégalais pour rendre hommage
avec « Der Rand Der Welt » à
son ami Philippe Constantin emporté par
la maladie de là-bas, le paludisme. C’est
la cristalline cora africaine sur « Dis-moi
où ». Il doit y mettre aussi un
peu de lui, de sa propre culture. L’ailleurs
vient de lui révéler qu’il
existe, lui aussi, avec ses propres racines
« Oh ! Ironie ! », bien ancré
dans l’Europe. Il nous le rappelle avec
les accords des « Canons de Pachelbel
».
Et moi, prisonnière consentante dans
ma maison musulmane, j’écoute le
CD du voyage arrivé jusqu’à
moi alors que je ne l’attendais pas. Pour
m’évader, je me promène
sur les « Traces » de Philippe Djian,
marchant avec « Walking » Sam Broussard
et Stephan Eicher, planchant sur « Bones,
Forever » faute de textes, abandonnant
« In Wolken » à mon oreille
séduite.
Ces mélodies – Oh ! ces mélodies
dont jamais je ne me lasse, ce « Dis-moi
où » chanté un soir à
Dakar dans un minuscule espace en plein air
où Stephan nous a rejoint, nous les exilés…
par quel miracle ? Et cette petite « Prière
du matin » comme une rosée, si
fraîche me font oublier les textes concentrés
de « 1000 vies » et « Elle
mal étreint ». Tout cela au jugé
doit bien peser « 71/200 ». Mais
pour moi, oui, c’est un vrai cadeau et
ce cadeau n’a pas de prix, n’a pas
de poids, que celui de l’immense tendresse
et de l’infini reconnaissance que je porte
à son auteur.
L’Afrique |
Philippe
Constantin |
D’abord
cette visite |
Encore
un voyage |
Happé
par Dakar |
Inattendue |
Incrusté
dans les notes… |
Et
le paludisme ! |
Merveilleuse,
inespérée, |
Cette
fois |
L’Afrique |
Et
puis 1000 vies |
Wolof
d’Ismaël Lo |
Encore
en voyage |
Le
cadeau. |
Cora
pour Dis-moi où |
Moi
aussi à Dakar |
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Sûrement
l'album le plus dur à apprivoiser...
C'est une cassure nette avec les deux derniers
albums rocks qu'étaient Engelberg et
Carcassonne, de quoi surprendre les amateurs,
bousculer les idées toute faites sur
le compte de Stephan Eicher étiqueté
comme popstar du paysage musical francais. Afin
de rompre avec cette image, les collages laissent
place à une photo ou le chanteur apparaît
comme posé, réfléchi...
A l'intérieur, on découvre un
arbre, un CD quasiment vierge de toute marque...
Serait-ce le début d'un zen attitude
? Après une tournée mondiale,
et milles vies entr'aperçues, Stephan
aurait-il retrouvé sa vie ?
Avec une démarche logique, le résultat
est très hétéroclite :
cela est sûrement dû aux différence
de sensibilité. Pourquoi me direz-vous?
Eh bien parce que 1000 vies est un remix...
Il y eut un "1000 vies" (que l'on
ne connaîtra sûrement jamais) puis
Stephan envoya chaque morceau à des amis
afin qu'ils y apposent leur coup de patte...
Une petite contribution... Une guitare acoustique,
un peu de musique classique, des sons électroniques
rien ne nous est épargné... Et
pourtant, une fois que l'on s'approprie cet
album, il devient un incontournable, avec de
merveilleux titres. Un délice pour les
fans, un cadeau qui bonifie dans le temps...
De "Bones" à la guitare chantante
de Sam broussard à "Oh ironie"
aux sons électronique qui collent à
la mode de l'époque, en passant par "In
wolken" douce balade en allemand emmené
par le piano Achim Meyer, on retrouve tout ce
qui fait le succès de Stephan Eicher
: La pluralité, le mélange et
l'association de rythme, de sons, de cultures,
de langues... On s'arrêtera aussi sur
"Forever" titre extraterrestre ou
Stephan nous montre un aspect de sa voix comme
si il voulait nous prouver que nous n'avons
encore rien vu, rien entendu...
Coté musique, on remarquera vite que
les guitares si électriques dans les
albums précédents ont fait place
à un jeu plus proche de l'acoustique
auquel tout joueur de guitare ne saurait résisté
tant les accords résonnent, on pourra
citer en exemple "elle mal étreint"
ou "prière du matin" pour ne
citer que celles-ci... On découvrira
aussi en arrière plan des chants qui
donneront des airs de World Music, un trait
sûrement ramené d'une tournée
mondiale pas si lointaine...
Coté texte on retrouve les textes de
Philippe Djian qui sait toujours aussi simplement
jouer avec les mots pour à l'arrivée
nous donner de superbes textes aussi différents
que "dis-moi ou", tendre déclaration
d'amour, ou "elle mal étreint",
homme prisonnier d'une aventure sans issue...
Cet album est un medley des genres, un pot pourris
de sons, une compilation ou se mélangent
les langues, les humeurs, les ambiances; ou
chaque titre aurait pu être un single..
Un album pour moi ou aucun titre ne se démarque
de l'autre et ou il est difficile de choisir
son morceau favori !!!
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Speranzza
- Juin 2004 |
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