CHANSONS
BLEUES, chansons blues? Qui sait le mystère
du titre de cet album unique de Stephan Eicher,
le premier sorti en France avant qu'il ne
signe avec Barclay et le premier réalisé
avec Martin Hess à ses côtés?
Je
ne sais plus dans quelles circonstances j'ai
entendu ce disque pour la première
fois, mais je me souviens de l'émotion
provoquée par le mélange de
cette voix singulière et de ces sons
électro-acoustiques étranges
au goût nouveau venu d'ailleurs... de
Suisse plus précisément.
Il
y avait et il y a toujours dans ces chansons,
cette énergie nerveuse qui passe ou
qui casse, la fragilité volatile de
l'émotion pure, ce grain de vulnérabilité
et de sensibilité écorchée
que j'aime chez Stephan Eicher et que le marketing
n'a pas réussi, malgré ses efforts,
à totalement polir, lisser, policer
(peau lisser?)
"Sweetheart"
ouvre gentiment le bal, suivie des "Filles
du Limmatquai", nettement plus délurées
et électroniques, écrite en
français comme deux autres chansons
sur les 9 qui figurent sur cet album : "La
Pièce" et "La Chanson Bleue",
titre éponyme de l'album, hantée
par les mots de Louise LABBE, femme de lettres
de la Renaissance "...je vis, je meurs,
je me brûle et je me noie..." (Stephan
commençait déjà à
mêler les genres avec bonheur).
Au
nombre des titres en anglais, on compte une
reprise très allurée de Chuck
Berry, "Johnny B Good", "The
Noise Boys" pas si bruyants que ça,
et même plutôt doux, "Tu
Tu", un délicieux petit bijou
ciselé par Stephan et un copain punk
(Marcus Tränkel", musicien au sein
du groupe "Mother's Ruin", qu'on
retrouvera sur SILENCE dans "Langue au
chat") et une autre reprise "you've
lost that loving feeling" des Righteous
Brothers.
Il
y a enfin une chanson en suisse allemand,
un chouillat satirique, "Nice",
produit de la fructueuse collaboration entre
Stephan et les filles du groupe "Lilliput"
dont Klaudia Schifferle qu'on retrouvera aussi
sur l'album SILENCE et Astrid Spirig présente
en backing vocals sur "La chanson bleue"
et "Les filles du Limmatquai"
Contrairement
à ce qu'on aurait pu craindre, les
synthés et séquenceurs ne laminent
pas le côté intimiste, la mélancolie
ou la fragilité de cet album fiévreux.
Il
porte l'empreinte de la libération
des contraintes du show bizz (récemment
assumées par Martin Hess) et du retour
de l'envie de chanter et d'être sur
scène. J'entends cet album comme celui
d'un jeune homme plein de fougue, de blessures
et des bleus au cœur, à qui on
aurait permis d'ouvrir ses ailes pour jouer
sa propre petite musique de l'âme, au
rythme de ses machines trafiquées et
d'un phrasé à vif, touchant
et électrisant.
Alors,
CHANSONS BLEUES, chansons blues? Le mystère
du titre de cet album unique est aussi étrange
que cette anecdote qui raconte que lors du
remix de "Nice" à New York,
Stephan aurait dormi dans le même lit
que le mythique James Dean.