I
tell This night est le seul album de Stephan
Eicher dont j'ai eu trois cassettes qu'on
m'a bousillées et un CD que je conserve
pour moi toute seule maintenant. Ca doit être
ça qu'on appelle l'expérience,
j'avais une dizaine d'années environ.
"Il a du faire toutes les guerres, pour
être si fort aujourd'hui, il a du faire
toute les guerres de la vie...", Merci
Francis.
Tout
çà pour dire combien je tiens
à ce premier album sorti chez Barclay
(enregistré à Paris et mixé
à New-York par Harvey Goldberg), passionnément
défendu par son nouveau PDG, Philippe
Constantin, après que cette maison
de disque ait été restructurée.
On
y trouve deux reprises américaines
pour ne pas perdre de vue ces musiques d'Outre
Atlantique qui l'habitent ("Where did
our love go" des Suprêmes, "No
escape" des Seeds) sans le déposséder
pour autant de la sienne.
La
sienne est toujours dans la lignée
de celles des "Chansons bleues",
disque auquel il a repris " Komm zürück",
avec ses machines, séquencers, synthés,
boites à rythme, où une guitare
Télécaster est seule ou presque,
a été tolérée,
pour la mise sous tension ! "Two people
in a room" en est un bon exemple au même
titre que "Don't disdain me", "I
tell this night" où Stephan dévoile
sa sensibilité singulière, son
orgueil farouche, ses peurs souterraines...
La
langue française encore trébuchante
("Tu tournes mon coeur", "Le
matin") et concise, mais riche d'un impact
émotionnel très fort.
Stephan
y fait encore tout, tout seul, mélange,
mixe, joue des synthés et de la guitare
en véritable " Tambourine Man"
comme le chante Mister Zim.
L'expérience
de Grauzone lui a appris que les groupes peuvent
apporter beaucoup, y compris des problèmes.
Etre seul est assez terrifiant mais ça
rend vivant et ça booste la créativité.
En plus quand on fait des fautes, on ne peut
s'en prendre qu'à soit, ou on engueule
l'ordinateur.;)
Il
y a quand même Violon en Backing Vocals
sur "I tell this night" et Théo
Hakola sur "Where did our love go"
(qu'on retrouvera bien plus tard dans l'aventure
du "Edgar Allan Poe Project" où
Stephan chante "Arthur Gordon Pym"
en duo avec Rodolphe Burger de Kat Onoma.)
Cet
album est aussi épuré et coloré
que sa pochette dessiné par Luciano
Castelli, artiste suisse de Berlin, sur laquelle
un croissant de lune rouge sang suit obstinément
le visage incliné d'Eicher : "Every
moon is horrible and every sun is bitter".
Et
quand Stephan, seul en scène, plante
sont regard noir dans le votre, et entonne
"Don't disdain me", d'une voix au
timbre voilé, légèrement
écorchée, çà force
le respect, et on a plus qu'une envie, celle
de dire à cette nuit " Please
slow down, please slow down".