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  Chroniques Non ci badar, Guarda e passa - 1994 imprimer la page
 

Jusqu'alors, le seul live de Stephan Eicher ! …et pour moi qui n'avait pas pu assister à ce qui était, en fait, la tournée de l'album " Carcassonne", un cadeau inespéré qui allait bien au-delà de mes rêves! Rien que le titre emprunté à la divine comédie de Dante était une tentation.

Je me souviens de ma stupéfaction émerveillée quand je l'ai vu dans les bacs, de la fébrilité avec laquelle j'ai enlevé le blister, découvert sidérée, 2 CDs et un livret incroyable, pleins de photos, collages, montages, entre les lignes d'un vrai journal de bord tenu par Sam Broussard, guitariste ténor sur la tournée (écouter le délirant "Lament" pour avoir un aperçu!).

J'ai posé délicatement le premier CD sur la platine, et j'ai écouté le concert en suivant les titres sur le livret. Je les connaissais tous, sauf quelques reprises ("Ciao Ciao" de Francesco de Gregori, "I can't help..." du King, "Putain, Putain" d'Arno) et inédits (O'Ba, Louanges), mais ils s'épanouissaient autrement, la voix de Stephan sans filtre, peut-être? Un concert flamboyant, nerveux, bourré d'énergie, où des le 1er morceau ("Hope") se fait jour la complicité entre les instruments médiévaux et contemporains, mêlés dans une intimité proche de la fusion symbiotique, flagrante sur des titres comme "Rien à voir", "Manteau de gloire", "Rivière" et son intro.
Un concert avec des moments de tendresse/tristesse/piano ("Silence", Goodbies") ou guitare, avec les réactions du public et les moments désagréables ou magiques qui peuvent surgir de tout live, comme cette intro de "Rien à voir" ou "Ni remords ni regrets"....Je passe sur "Déjeuner en paix"... mais "Don't disdain me", je ne peux pas, ce serait dommage!

Grisée, j'ai fait une pause avant d'écouter le deuxième CD, prenant le temps de regarder le livret couleur sable brun, de tout découvrir, des anecdotes et réflexions, cherchant à déchiffrer les mots et le sens des manuscrits et des illustrations, photos à vif.

Et puis, j'ai mis le second CD et là, l'éblouissement. On me donnait à entrer dans leur voyage, leurs rires, les répét., les moments de doute, leur quotidien…

C'était hors du temps, je les suivais "On the Road", dans le car de tournée ("Le Matin", avec D. Regef , Stephan, Achim, Serge Salibur, on the "Heiweh to hell"), à Beauduc (intro tournoyante de Tommy Vetterli sur "le Matin", "Chanson bleue" ou "Djian's Waltz" par le groupe), la chambre de Stephan ( au travail sur "Louanges"), les gares où les Taraff de Haïdouk jouent encore ("Sîn Jenat"/"I'm so lonesome I could cry"), au fil du Maroni (l'intro orageuse de "Chanson bleue"), les bars aux concerts improvisés (O'ba), leurs hôtels ("Liberi de ridere", "Lament") et même sur scène avec un fabuleux "Baiser orageux " à Montreux (avec les sonneurs d'Engelberg)...

J'étais définitivement sous le charme. Je le suis encore.

Et peut-être est-ce là que repose tout le mystère de cet album qui aurait pu n'être qu'un simple live illustré d'un livret, comme tant d'autres, mais il y a là-dedans des odeurs suggérées, des silences et des murmures évocateurs, des frôlements et des bruits de vie, une atmosphère de fête, parfois hallucinée, et d'indicibles tristesses. Il y a l'ennui des tournées qu'on peint d'aquarelles au pastis et la fatigue harassante qui pèse au cœur et aux épaules.

Je ne savais pas encore qu'un autre présent tout aussi inattendu allait éclore et clore le dernier volet de ce triptyque : une vidéo intitulée " Guarda e Passa"!

  MHB - Juin 2004

Ce livret entre mes mains enferme des pages lourdes de souvenirs, de rires et de larmes - et deux CD encadrant les pages : l’un « Non ci badar » au début du livret et l’autre « Guarda et passa » à la fin. L’autographe de Stephan Eicher à la deuxième page, celui de Martin Hess avec ses mots à jamais illisibles en bernois à l’avant-dernière, les deux arrachés lors d’un mini-concert en plein air à Dakar au Sénégal, signent un chef-d’œuvre.
Ce ne sont pas vraiment deux nouveaux CD. C’est un album souvenirs de la tournée de Carcassonne. Voilà le « truc » ! C’est grandiose parce qu’à la fois intime et rendu public. Non ci badar n’est pas autre chose que le concert live de la tournée auquel chaque spectateur a pu assister. Je ne pourrai plus l’écouter pendant longtemps… une « douleur diffuse » inexpliquée, inexplicable… qui n’enlève cependant rien à l’extraordinaire qualité musicale du CD, à son charme, à sa beauté… et puis Guarda e passa, mille fois réécouté… peut-être pour ancrer en moi l’impression d’avoir participé au voyage. Guarda e passa peint une errance au cœur de la tournée ; des petits moments de magie enregistrés ; le voyage sous toutes ses formes ! des pauses en Nouvelle-Calédonie « My heart on your back, Rien à voir… » ou dans les restaurants et les bars à Marseille ou ailleurs avec « Djian’s Waltz, O Ba » et les moments de folie… ; des improvisations « Sînt Jenat » avec le groupe Taraf de Haïdoucks et le joueur de vielle à roue Dominique Regef ; des rêveries en Guyane sur le fleuve Maroni avec « Chanson Bleue », la même au phare de Beauduc ; dans les hôtels d’Arles ou de Carcassonne avec « Louanges », même dans le bus de la tournée avec les trois compères Sam Broussard l’américain, Achim Meier l’allemand, et Serge Salibur l’antillais sur « Le matin ». Les airs classiques se mélangent aux instruments anciens pendant les moments où le groupe semble « attendre à la rivière ». Mais il ne faut pas s’y tromper : ces moments de pause ne sont qu’un échauffement avant d’affronter les assauts d’un public enthousiaste, venu nombreux déguster les concerts de l’été en plein air.
Pour mieux comprendre et partager ces instants, il faut regarder la vidéo « Guarda e passa » et puis écouter ensuite le CD car il restitue les images.
Cette histoire nous raconte les folies d’une folle tournée, le sommet d’une gloire, les questions que l’on se pose… surtout ne pas « se perdre » - «mais je ne me perds pas ! » nous souffle Stephan dans le car à l’approche de Paris, au terme du voyage. Le regard fatigué dans le petit matin, la voix à peine audible, il répète ces mots pour mieux chasser le doute qui s’est emparé de lui… Et c’est terriblement touchant ! On le croit. A cet instant, il nous permet d’approcher l’homme fin, intelligent, réfléchi, très éloigné de la rock star écervelée dont il a joué le rôle pendant ces derniers mois. On le croit. On sait, on espère, on est sûr qu’il reviendra, que nous le reverrons encore et encore…
Alors Ciao Ciao Stephan ! A bientôt !

Le voyage était fini
Au plein cœur de l’Afrique
J’irai seulement le voir
J’avais emmené avec moi
Il est là
Et l’écouter chanter
Non ci badar, guarda e passa
Le visiteur attendu
Mendier un autographe…
Pourtant
Et je danse, je danse
…A son manager.
Un avion dans le ciel
Mais ne peux l’accueillir
Une croix blanche sur son aile
Tant pis,
Partager Berni - Juin 2004

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