Jusqu'alors,
le seul live de Stephan Eicher ! …et
pour moi qui n'avait pas pu assister à
ce qui était, en fait, la tournée
de l'album " Carcassonne", un cadeau
inespéré qui allait bien au-delà
de mes rêves! Rien que le titre emprunté
à la divine comédie de Dante
était une tentation.
Je
me souviens de ma stupéfaction émerveillée
quand je l'ai vu dans les bacs, de la fébrilité
avec laquelle j'ai enlevé le blister,
découvert sidérée, 2
CDs et un livret incroyable, pleins de photos,
collages, montages, entre les lignes d'un
vrai journal de bord tenu par Sam Broussard,
guitariste ténor sur la tournée
(écouter le délirant "Lament"
pour avoir un aperçu!).
J'ai
posé délicatement le premier
CD sur la platine, et j'ai écouté
le concert en suivant les titres sur le livret.
Je les connaissais tous, sauf quelques reprises
("Ciao Ciao" de Francesco de Gregori,
"I can't help..." du King, "Putain,
Putain" d'Arno) et inédits (O'Ba,
Louanges), mais ils s'épanouissaient
autrement, la voix de Stephan sans filtre,
peut-être? Un concert flamboyant, nerveux,
bourré d'énergie, où
des le 1er morceau ("Hope") se fait
jour la complicité entre les instruments
médiévaux et contemporains,
mêlés dans une intimité
proche de la fusion symbiotique, flagrante
sur des titres comme "Rien à voir",
"Manteau de gloire", "Rivière"
et son intro.
Un concert avec des moments de tendresse/tristesse/piano
("Silence", Goodbies") ou guitare,
avec les réactions du public et les
moments désagréables ou magiques
qui peuvent surgir de tout live, comme cette
intro de "Rien à voir" ou
"Ni remords ni regrets"....Je passe
sur "Déjeuner en paix"...
mais "Don't disdain me", je ne peux
pas, ce serait dommage!
Grisée,
j'ai fait une pause avant d'écouter
le deuxième CD, prenant le temps de
regarder le livret couleur sable brun, de
tout découvrir, des anecdotes et réflexions,
cherchant à déchiffrer les mots
et le sens des manuscrits et des illustrations,
photos à vif.
Et
puis, j'ai mis le second CD et là,
l'éblouissement. On me donnait à
entrer dans leur voyage, leurs rires, les
répét., les moments de doute,
leur quotidien…
C'était
hors du temps, je les suivais "On the
Road", dans le car de tournée
("Le Matin", avec D. Regef , Stephan,
Achim, Serge Salibur, on the "Heiweh
to hell"), à Beauduc (intro tournoyante
de Tommy Vetterli sur "le Matin",
"Chanson bleue" ou "Djian's
Waltz" par le groupe), la chambre de
Stephan ( au travail sur "Louanges"),
les gares où les Taraff de Haïdouk
jouent encore ("Sîn Jenat"/"I'm
so lonesome I could cry"), au fil du
Maroni (l'intro orageuse de "Chanson
bleue"), les bars aux concerts improvisés
(O'ba), leurs hôtels ("Liberi de
ridere", "Lament") et même
sur scène avec un fabuleux "Baiser
orageux " à Montreux (avec les
sonneurs d'Engelberg)...
J'étais
définitivement sous le charme. Je le
suis encore.
Et
peut-être est-ce là que repose
tout le mystère de cet album qui aurait
pu n'être qu'un simple live illustré
d'un livret, comme tant d'autres, mais il
y a là-dedans des odeurs suggérées,
des silences et des murmures évocateurs,
des frôlements et des bruits de vie,
une atmosphère de fête, parfois
hallucinée, et d'indicibles tristesses.
Il y a l'ennui des tournées qu'on peint
d'aquarelles au pastis et la fatigue harassante
qui pèse au cœur et aux épaules.
Je
ne savais pas encore qu'un autre présent
tout aussi inattendu allait éclore
et clore le dernier volet de ce triptyque
: une vidéo intitulée "
Guarda e Passa"!