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  Chroniques Taxi Europa - 2003 imprimer la page
 

Finalement, pour avoir souvent écouté Taxi Europa, je me suis dit que Stephan avait peut-être réalisé là ce qu'il n'avait pas pu faire lors de Carcassonne.
C'est un raisonnement très personnel, ça ne parle pas vraiment du contenu du disque, mais plutôt de ce qui l'a amené là : je m'explique donc.

Au début (ça commence comme la Genèse, mais c'est pas ça! ;o) , étaient Stephan Eicher et ses machines, engins avec lesquels il entretenait des relations relativement bonnes depuis son enfance. C'est ainsi que "Les chansons bleues" virent le jour (et ressuscitèrent, 20 ans après!).
2 ans plus tard, Stephan admit 2 humains supplémentaires dans son entourage musical proche (la jeune Violon de Lili Drop et Yovo le bassiste) et sortit"I tell this night" avec le célèbre "Two people in a room". Il récidiva, en enregistrant en studio et en produisant tout seul "Silence", album dans lequel il introduisait timidement des cordes, avec encore un tube : "Combien de temps".

En 1989, Eicher s'enhardit, s'enrichit d'un quatuor à cordes, s'entoura d'encore davantage d'humains, et enregistra"My Place", suivi d'"Engelberg" avec ses titres ("Déjeuner en paix", ça vous dit bien quelque chose?) en prise live dans le Kursaal désaffecté d'Engelberg à l'acoustique (et à l'ambiance...) incomparable, "Rien à voir" avec celle des studios!

Mais voilà, autour de la Suisse, il y avait l'Europe, et Stephan en était curieux, ce qui n'entamait en rien sa fascination pour l'Amérique, son mélange de rock, de blues et de musiques celtes.

Il songea bien à faire un voyage Palerme, Budapest, Dublin, Lisbonne, toutes villes qui l'attiraient. Mais les frontières, encore présentes à l'époque, firent échouer ce projet.

Qu'importe! A défaut de pouvoir se déplacer horizontalement dans l'espace, il ferait un voyage vertical dans le temps, à Carcassonne, au carrefour de la Méditerranée et de l'Atlantique, au croisement des influences de ces civilisations successives (sarrazine, wisigothe, etc...) qui ont fait l'Europe, à la recherche de ces instruments de musique médiévale bannis par l'Eglise au temps de sa toute puissance.

Eicher voulait entendre la "musique du diable" et découvrir les racines profondes de l'Europe. Ceci eut lieu dans le plus bel hôtel de la Cité, entouré des meilleurs musiciens de son époque (ou presque)...et toujours
pas en studio!

Le voyage s'est poursuivi au delà de l'Europe et Stephan partit en tournée ("Non ci badar, Guarda e passa") à la découverte du monde par delà les océans ; le champ d'action s'élargissait.

De retour en Suisse, il ramena ce monde chez lui, dans sa tête et ses bagages, et travailla dans la solitude à l'élaboration de l'album à suivre ("1000 vies"), aux arrangements inhabituels, via des échanges de K7 par la poste entre ses musiciens et lui.

Après ce repli sur son univers intérieur, nourri de ses souvenirs de voyage, Stephan a retrouvé le besoin de respirer ailleurs et autrement, dans des endroits familiers, entre Bretagne et Engelberg ou il enregistre pour la dernière fois, "Louanges".

En effet, malgré "tous ces beaux efforts pour durer" l'an 2000 voit la séparation de Stephan et de son manager et ami, Martin Hess, défait leur prestigieux château de cartes et redistribue la donne. Il en sort la lame du Best Of "HOTEL*S" (hommage à l'hôtel Hess, sa seconde maison, détruit en 2001)

Le temps de voir d'où l'on vient et où l'on peut aller, de constater l'abolition des frontières en Europe et le voilà qui réalise son rêve d'avant Carcassonne : voyager à travers ce continent auquel il se sent appartenir
(ce qui lui permet d'affirmer encore davantage sa singularité suisse).
Taxi Europa sera son voyage horizontal dans l'espace, bagages allégés par la sortie du Best Of, et ramassé sur quelques jours.

Le rêve n'est pas toujours le souffle soufré du Diable pour peu que Dieu lui donne le feu vert...

  MHB - Juin 2004

Taxi Europa se décline en marron sur fond blanc :
Mélange de chaud et de froid, comme son auteur Stephan Eicher. La chaleur dans la voix quand elle se fait douce, quand elle le fait chanter plus loin que son cœur, et qu’elle atteint l’espace infini de son âme.
« Qu’as-tu appris à l’école mon fils ? » J’ai appris que le mélange du rouge et du vert donne du marron. Vert : encore un ton froid – et Rouge : peut-on faire plus chaud ? Mélangeons les deux et c’est bien du chaud que nous obtenons. Chaleur contrastant avec l’aspect froid du personnage se tenant à distance.
Et puis, a-t-on jamais vu un livret aux textes illisibles ? Parfois quelques mots de français rouges ou verts s’échappent du magma indéchiffrable. Un peu plus loin, ce sont des mots d’allemand ou de bernois. Mais le magicien a tout prévu… Selon que l’on pose le filtre vert ou le filtre rouge sur le méli-mélo du poème choisi, il nous révèle alors son sens, son essence…
Ces mélanges de couleurs sont comme des étoffes qui composeraient la panoplie habillant l’Europe - l’Europe que traverse dans tous les sens Stephan Eicher depuis de longues années et parfois en taxi. Son regard est sans doute venu nous restituer le vert des forêts, le brun des champs labourés, le rouge des automnes flamboyants, le blanc des sommets enneigés – mais surtout, mais surtout la couleur du café que l’on boit de Hambourg à Palerme.
Et de quoi parle-t-on dans cette vaste Europe ? Du sens de la vie « On nous a donné », de philosophie « Mon ami, Taxi Europa », d’amour comme toujours « Cendrillon après minuit, La voisine, Avec toi, Rien n’est si bon », de trahison « Tant et tant », de rêves « Si on s’y mettait, Swim to America », de réalités « Kreis 5, E* ».
Enfin, Taxi Europa est un échange épistolaire plein de couleurs avec un vrai PS.

J’aime les voyages.
Venez dans mon taxi me tenir compagnie.
Allons goûter ensembles tous les cafés d’Europe…
Et tant pis si nous parlons diverses langues !
C’est mieux…
Elles teintent nos pensées
De nouvelles nuances !

  Berni - Juin 2004

Mon ami (Guarda E Passa)

D’abord il y a le piano, la ritournelle. On pense à l’Italie, la petite musique en boucle qui fera la jolie chanson. Tout bête, mais entêtant. Bientôt on ne pourra plus s‘en passer. Un truc à empêcher Richard Clayderman de bien dormir pour des années.

Puis arrive une guitare, qui se signale d’un court riff lent, et plombé. On sent que ça va pas être si drôle. « Tu vois comme l’on s’amuse mon ami » chante pourtant la voix, fatiguée, amère, qui s‘insinue. Ö ironie…

Surgit la batterie. Elle a décidé que ça ne se passerait pas comme ça. Elle ne veut pas d’une chanson triste et lasse. Même si les paroles penchent pour le contraire. L’amitié qui s’use, qui fout le camp. Les enfants, le travail, les responsabilités… L’égoïsme, le confort, le conformisme. Le manque de temps, d’attention, d’éveil.

La batterie, elle, en a décidé autrement. Quitte à la jouer parallèle et autiste. Alors elle va en faire des tonnes pour ne pas s’arrêter, pour regarder là-bas au loin devant, et continuer. Elle entraîne petit à petit les guitares qui s’énervent et qui piquent en vrille.

Ca 'bugge' un quart de seconde et puis ça repart, plus vite encore. En fait, elles sont deux les batteries, à se déchaîner pour tirer le morceau vers un ailleurs plus confiant. Donner l’énergie de l‘espoir. Entre les deux, le chanteur tiraillé. Non ci badar, guarda e passa…

Partager Alf - mars 2006

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