Finalement,
pour avoir souvent écouté Taxi
Europa, je me suis dit que Stephan avait peut-être
réalisé là ce qu'il n'avait
pas pu faire lors de Carcassonne.
C'est un raisonnement très personnel,
ça ne parle pas vraiment du contenu
du disque, mais plutôt de ce qui l'a
amené là : je m'explique donc.
Au
début (ça commence comme la
Genèse, mais c'est pas ça! ;o)
, étaient Stephan Eicher et ses machines,
engins avec lesquels il entretenait des relations
relativement bonnes depuis son enfance. C'est
ainsi que "Les chansons bleues"
virent le jour (et ressuscitèrent,
20 ans après!).
2 ans plus tard, Stephan admit 2 humains supplémentaires
dans son entourage musical proche (la jeune
Violon de Lili Drop et Yovo le bassiste) et
sortit"I tell this night" avec le
célèbre "Two people in
a room". Il récidiva, en enregistrant
en studio et en produisant tout seul "Silence",
album dans lequel il introduisait timidement
des cordes, avec encore un tube : "Combien
de temps".
En
1989, Eicher s'enhardit, s'enrichit d'un quatuor
à cordes, s'entoura d'encore davantage
d'humains, et enregistra"My Place",
suivi d'"Engelberg" avec ses titres
("Déjeuner en paix", ça
vous dit bien quelque chose?) en prise live
dans le Kursaal désaffecté d'Engelberg
à l'acoustique (et à l'ambiance...)
incomparable, "Rien à voir"
avec celle des studios!
Mais
voilà, autour de la Suisse, il y avait
l'Europe, et Stephan en était curieux,
ce qui n'entamait en rien sa fascination pour
l'Amérique, son mélange de rock,
de blues et de musiques celtes.
Il
songea bien à faire un voyage Palerme,
Budapest, Dublin, Lisbonne, toutes villes
qui l'attiraient. Mais les frontières,
encore présentes à l'époque,
firent échouer ce projet.
Qu'importe!
A défaut de pouvoir se déplacer
horizontalement dans l'espace, il ferait un
voyage vertical dans le temps, à Carcassonne,
au carrefour de la Méditerranée
et de l'Atlantique, au croisement des influences
de ces civilisations successives (sarrazine,
wisigothe, etc...) qui ont fait l'Europe,
à la recherche de ces instruments de
musique médiévale bannis par
l'Eglise au temps de sa toute puissance.
Eicher
voulait entendre la "musique du diable"
et découvrir les racines profondes
de l'Europe. Ceci eut lieu dans le plus bel
hôtel de la Cité, entouré
des meilleurs musiciens de son époque
(ou presque)...et toujours
pas en studio!
Le
voyage s'est poursuivi au delà de l'Europe
et Stephan partit en tournée ("Non
ci badar, Guarda e passa") à la
découverte du monde par delà
les océans ; le champ d'action s'élargissait.
De
retour en Suisse, il ramena ce monde chez
lui, dans sa tête et ses bagages, et
travailla dans la solitude à l'élaboration
de l'album à suivre ("1000 vies"),
aux arrangements inhabituels, via des échanges
de K7 par la poste entre ses musiciens et
lui.
Après
ce repli sur son univers intérieur,
nourri de ses souvenirs de voyage, Stephan
a retrouvé le besoin de respirer ailleurs
et autrement, dans des endroits familiers,
entre Bretagne et Engelberg ou il enregistre
pour la dernière fois, "Louanges".
En
effet, malgré "tous ces beaux
efforts pour durer" l'an 2000 voit la
séparation de Stephan et de son manager
et ami, Martin Hess, défait leur prestigieux
château de cartes et redistribue la
donne. Il en sort la lame du Best Of "HOTEL*S"
(hommage à l'hôtel Hess, sa seconde
maison, détruit en 2001)
Le
temps de voir d'où l'on vient et où
l'on peut aller, de constater l'abolition
des frontières en Europe et le voilà
qui réalise son rêve d'avant
Carcassonne : voyager à travers ce
continent auquel il se sent appartenir
(ce qui lui permet d'affirmer encore davantage
sa singularité suisse).
Taxi Europa sera son voyage horizontal dans
l'espace, bagages allégés par
la sortie du Best Of, et ramassé sur
quelques jours.
Le
rêve n'est pas toujours le souffle soufré
du Diable pour peu que Dieu lui donne le feu
vert...