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  Concert Aix Les Bains
(
TAXI EUROPA TOUR– 14 NOVEMBRE 2003 )
 

Pour autant que je me souvienne, il devait être environ 20H. Il pleuvait sur Aix-les-Bains et sur l'affiche placardée devant le centre des Congrès, annonçant le passage de Stephan Eicher le soir même, dans cette salle à bord de son "Taxi Europa".
J'étais là un peu grâce au hasard, je lui dois bien de raconter cette soirée.

Vers 20h donc, le public commence à entrer, encadré de vigiles qui me confisquent le bouchon de ma bouteille d'eau et me confient devant mon air ébahi que ça peut servir de dangereux projectile! Je n'y avais pas pensé jusqu'à présent, mais je n'oublierai pas …

Une fois la sécurité assurée, on me laisse entrer, ma bouteille pleine sans bouchon et moi, dans la salle en forme d’amphi (1500 places), déjà investie par un public hétéroclite de fans et de curieux, d'âges divers, d’horizons différents.
Sur scène, les techniciens s’affairent, les câbles se faufilent entre les instruments qui attendent : c’est le moment excitant où tout est à espérer.

Une demie heure plus tard, les techniciens disparaissent, un écran géant apparaît derrière la scène où défilent des visages, des éclairages souterrains, et une voix off annonce sur fond de "Oh Ironie"qu'on "demande cinq musiciens pour un concert".

Stephan arrive alors en chair et en os, accompagné de ses musiciens, Max Gazzé, chanteur bien connu du public italien et bassiste amical et talentueux d'Eicher sur cette tournée, Toby Dammit, le batteur de l'ombre, Fabrizzio Fourgeaud, guitariste rock jusqu'au bout des ongles et Achim Meier, qui est aux commandes des claviers eicheriens depuis maintenant plus de dix ans. "On nous a donné " démarre sur les chapeaux de roues, suivi de "Mon ami", rock énergique servi par la voix bien placée d'un Stephan vibrant d'énergie concentrée, qui ne donne pas l'impression d'être obligé de prouver quoi que ce soit mais qu'on sent jubiler à la perspective de jouer, séduire et conquérir.

Images de surf et de liberté pour une reprise de "Vento d'estate", de Max Gazzé. Quelques fans sont déjà debout autour de la scène, parfois accoudés, parfois visages et bras tendus vers elle, papillons éblouis par les phares de ce taxi Europa, déjà pris dans le tourbillon de musique (son impeccable durant tout le concert!) et de lumières, signées Tony Weber.

Pêle-mêle, toutes époques entrelacées, les fonds s'enchaînent, roses, sirènes, souliers, chambres d'hôtels, autoroutes muées en fleuves, pendules (made in Switzerland ? ;-), boules disco et stromboscopes…
Ils changent au rythme des chansons, "Ni remords ni regrets", "Rien n'est si bon", "Venez danser", "Avec toi" (et flashes et son déchaînés), "Rivière", "Cendrillon après minuit", "Déjeuner en paix", "Pas d'ami", "Hemmige"….

Il avait prévenu : "Attachez vos ceintures!"….ce n'étaient pas de vains mots!
Au fil de courts sketches avec Max Gazzé ou Achim Meier (drôlatique mais authentique virtuose sur Hemmige) ou d'un joli "Silence" acoustique légèrement revu, entre un duo enchanteur avec Max pour "Cenerentola a mezzanotte" et des medleys détonants mêlant habilement tubes et morceaux récents tels "Eisbaer", "Kreis 5", "Les Filles du Limmatquai", "Joe le Taxi" (stupéfiante reprise de la chanson de Vanessa Paradis sur les mots d'Etienne Roda Gil) ), "Final Countdown" du groupe Europe, ce sont "1000 vies" qui défilent pied au plancher durant plus de deux heures, ponctuées de nombreuses haltes pour discuter avec le public, l'apostropher, l'émouvoir, le faire rire, danser, réagir…..

Sur l'écran, des tableaux de la Bérézina semble-t-il, font cortège à "Gute Nacht", un lied de F. Schubert, un kaléidoscope de visages au début de "tant et tant", la ténébreuse voix de Johnny Cash à qui la chanson est dédiée… Impossible de tout raconter.

Les applaudissements crépitent comme des étincelles devant ce feu d'artifice qu'est le spectacle de Taxi Europa Tour qui éclabousse tous les participants d'un bonheur visiblement partagé.
Certains esprits chagrins diront qu'il part dans tous les sens. Et pourquoi pas? Si le souffle du plaisir attise les flammes mouvantes d'un concert époustouflant de brio, si chacun trouve la chaleur sous la brûlure, "rien n'est si bon, de toute façon", "Es ist alles"!

Eicher a fait très fort, à tous les sens du terme, et la "E*" revient chanter pour un dernier rappel, serviette sur la nuque, accompagné de ses complices et d'un petit nouveau à la guitare, Christian Martin. Il achève avec eux ce concert-dynamite, les saluant et les applaudissant, faisant de même avec le public qui le lui rend au centuple et avec l'équipe de Taxi Europa dont les visages défilent sur l'écran au générique de fin.

Puis vient le moment tant attendu et tant redouté de la déchirure et de la communion, des regards heureux et épuisés, des gestes de don et d'abandon… La flamme allumée par Stephan Eicher n'est pas près de s'éteindre, ni dans les yeux, ni dans le cœur, ni dans les souvenirs de ceux qui étaient présents ce soir là.

Dehors, la lourde pluie, si sombre et si dure, s'est calmée et on se rend compte alors qu'il y a des moments où c'est mieux de ne pas toucher ce silence, si particulier, celui des après concerts de Stephan Eicher.


Marie-Hélène BEAUFILS

Décembre 2003

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