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Concert Blueballs Festival
Konzertsaal KKL - Luzern (Suisse) - 21 Juillet 2006

 

 

 

Setlist

I weiss nid, was es isch (*)
Pas d'ami comme toi
Manteau de gloire
Hemmige
I tell this night
Combien de temps
Ce soir je bois
Charlie
(*)
Chansons bleues
La goulante du pauvre Jean
Rivière
Helpless
Campari Soda
On nous a donné
Ce peu d'amour
Déjeuner en paix

Les filles du Limmatquai
/Taxi Europa)
Herr Oberschtdivisionär
D Rosmarie und I

Oh Ironie

(*) Nouvelles chansons

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Audios du concert

(Radio DRS3 - 29/07/2006)
 
Enregistrement par Satori
 
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Liens
 
Site officiel Blueballs Festival 
 

 

Chronique
 
Christoph Aebi
"Akustik und Elektronik"
 

 


En cette fin de journée chaude et un peu étouffante, le reflet du KKL illuminé où Stephan Eicher doit donner le premier concert le soir même pour l'ouverture de la saison 2006 du BlueBalls Festival, scintille doucement sur l'eau du lac des Quatre Cantons dans lequel Lucerne se trempe les pieds.

Dans l'après midi, nous sommes montés à Engelberg pour profiter de la fraîcheur de l’altitude. Ce fut aussi l'occasion pour l'une d'entre nous, de découvrir, pour une sorte de pèlerinage, ce qu'elle ne connaissait qu'au travers de courts extraits video, de photos et de ce qu’on lui avait raconté. Aurait-il mieux valu ne pas toucher au rêve?
Pour les autres, dont moi, il s’agissait davantage de revoir ce village où tout a paru inchangé, excepté l'Hôtel Hess remplacé par le « Hess Park » à l’architecture de bon standing, banale et commune.
Il y manque juste désormais ce léger souffle d'âme qu'on y sentait planer, avant.
Des musiciens, instruments et valises à la mains commençaient à s'installer devant le "lotissement" Hess où un concert était prévu le soir même. Mais on ne plaisantait qu'à moitié quand on s'inquiétait de devoir rester en gare jusqu'au soir car l’orage commençait à gronder et se contenter de ce concert là au lieu de l'autre, à quelques kms de là, ne nous enchantait pas du tout.

Nos craintes sont cependant tombées puisqu'à 20h00 précises, nous sommes arrivées au KKL, grand bâtiment contemporain entièrement vitré, sur 5 niveaux, tout droit sorti de l’imagination de Jean Nouvel, où un jeune homme à l'accueil s’est empressé de nous faire un éventail d’un programme, pour nous offrir, en vain, un peu d’air.

A 20h15, nous entrons dans la Konzertsaal (1800 places sur 4 niveaux) agréablement climatisée, toute parquetée et comme tendue de toile claire, sièges en bois dans des tons rouge/orange, scène éclairée de bleu avec au fond, le logo du Blueballs et au plafond, de petites lumières, comme des étoiles: Le public est à l'heure (20h30), sauf 2 ou 3 retardataires, très mélangé, tant par l'âge que par les tenues.

A 20h45, la foule commence à s'agiter, on siffle ici, on applaudit là et celui que je suppose être l'organisateur du festival (je ne parle pas un traître mot de suisse-allemand!) vient nous annoncer l'arrivée de ….Stephan Eicher!

Chemise et pantalon noirs, très élégant et aminci, ce dernier entre en scène, sous une belle ovation du public et commence avec une nouvelle chanson aux accents dylaniens (l'harmonica peut-être…), co-écrite avec Martin Suter, le célèbre écrivain suisse allemand : "I weiss nid, was es isch". Elle me séduit d'emblée, ainsi que le public et, petite parenthèse, devrait figurer sur le prochain album à sortir seulement en 2007, afin que le résultat corresponde vraiment à ce que cherche Stephan et non à un simple produit marketing. Fin de la parenthèse.

Suivent "Pas d'ami comme toi," (ambiance caribéenne grâce au talent de Martin Wenk, du groupe Calexico) puis "Manteau de gloire" devant un public attentif et un peu trop sage à mon goût, puisque personne ne se lèvera (sauf pour applaudir à la fin concert et aux rappels) pour danser, même pas sur Hemmige, que Stephan avait pourtant placée en 4ème position dans la setlist, peut-être pour lever les "inhibitions", justement.

"I tell this night" aux arrangements délicats, incrustée de qques notes de "Tu ne me dois rien", précède "Combien de temps" dont quelques paroles échappent à Eicher qui s'en tire avec une pirouette en reprenant quelques mesures de "I weiss nid was es isch" (ce qui signifie pour nous, approximativement, "je ne sais pas ce que c'est") .

Pause piano bar pour Stephan et ses 3 musiciens (Messieurs Reyn au piano notamment, Martin Wenk à la trompette en particulier et Toby Dammit à la batterie et aux percus) : du haut de son tout nouveau et tout beau tabouret tournant, Stephan demande à Reyn de trouver, toujours sur "Combien de temps", une version adaptée au moment et il s'exécute : version classique grave, douce berçeuse, version piano bar soft et version "pianiste éméché et trébuchant", etc.... Stephan nous demande si ça nous plaît. Rires dans la salle.

Un petit morceau de "Ce soir je bois" à la guitare (ce n'est pas si fréquent) introduit "Charlie" une nouvelle chanson très bluesy, puis "La chanson Bleue", toujours dans le même ton, et enfin "La goualante du pauvre Jean", ambiance cabaret années 30, impeccable à part un léger dérapage sur la prononciation des "verrous" .

Le temps s'est arrêté sur "Rivière" mais le spectacle se poursuit, sous des éclairages lumineux ou tamisés et cependant invariablement superbes, avec Helpless et ses arrangements dépouillés et magnifiques, son thème lancinant où la voix de Stephan sonne, poignante et douloureusement seule, servie par un son parfait et inspiré (l'acoustique de la salle me paraît bonne et J.M. Ballu officie à la console).

Le "Campari Soda" rouille et brouille la voix du commandant de bord et chipe deux ou trois mesures à « Kreep » de Radiohead avant que Stephan ne nous offre brillamment "On nous a donné", "ce peu d’amour" (transition assurée par le pont musical de uillean pipe de Ronan Le Bars) et "Déjeuner en paix" version douce que tout le monde ou presque connaît désormais.

Le concert est fini, on attend les rappels, au moins un. La salle est débout, applaudit, crie et Stephan revient demandant ce qu'on veut (je crois). Quelqu'un au balcon crie "Hinter der Bergen". "C'est trop vieux" répond le chanteur en riant, et il nous gratifie d'une sorte de medley expérimental avec "Les filles du Limmatquai" et le refrain de "Taxi Europa".

Sur la première, en effet, il avait demandé à ce qu'on ne marque pas le rythme en frappant dans les mains à cause du loop qu’il était en train d'enregistrer, précisant qu’à son signal, on pourrait à nouveau frapper dans les mains, son qu’il enregistrerait aussi en loop expérimental. Ca n'a pas fonctionné très bien (problème de rythme, je crois), mais on s'est amusés et Stephan s'est arrêté pour reprendre ensuite le refrain tout seul ("je veux l'amour toujours").
On continue et la chanson me semble à la fois familière et étrange et pour cause : c'est une adaptation en suisse allemand du "Déserteur " de Boris Vian.

Emportée par mon élan, j'entendrai même un peu de Joe Dassin dans "Rosmarie und I" (de Rumpelstilz)!!

Départ de Stephan, seconde et longue standing ovation, et, divine surprise, le deuxième rappel marche : Stephan revient avec ses musiciens, qui, pour la circonstance, ont enfilé des blouses blanches de chercheurs ou de médecins, je ne sais pas… pour une version extrêmement enlevée (voire un tantinet déjantée!) de "Oh Ironie".

Le public est une nouvelle fois debout pour applaudir Monsieur Stephan Eicher, qui arrache un baiser à sa bouche et le jette vers l'horizon de la salle qui le reçoit bien, Stephan n'a pas raté son lancer de bise et la foule se délite peu à peu, lentement vers les sorties.

Je ne peux m'empêcher d'associer les murs lumineux et immaculés de cette salle à la page blanche de l'écrivain qui attend ses premiers mots, à la toile du peintre prête pour les premières esquisses.
Stephan y a posé ses nouvelles chansons, en ébauches, y a ajouté une touche expérimentale, a testé les réactions du public (et les siennes aussi?). Et j'ai étrangement senti là, comme une sorte de remontée à une source perdue de vue, de quoi donner grande envie de découvrir la rivière musicale à laquelle elle devrait donner le jour dans quelques mois.

MHB - Juillet 2006