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  Olympia - 1er novembre2007
 
(Voir les photos du concert)
Photos Olympia 2007
 

Un jour, j'ai entendu Stephan Eicher raconter qu'enfant, il lui arrivait d'aller au cirque par exemple, et de retrouver des confettis dans ses chaussures quelques jours plus tard, ce qui faisait ressurgir un kaléidoscope de souvenirs de ces moments.

Ce sont un peu mes confettis de ce soir de l'Olympia du 1er novembre 2007 que je ramène là. Tickets d'entrée déchiré, salle obscure, attente de la fin de la chanson de Finn, tout jeune artiste suisse à l'apparence fragile et à la présence cependant surprenante, là bas, sur scène. Je crois l'entendre dire, en français, que la chanson qu'il va chanter (la dernière de son set) est dédiée à Stephan Eicher et cet air m'est familier. Plus tard, après moultes contorsions neuronales et quelques recherches sur internet, je découvrirai qu'il s'agit de "Moon River", chantée par la délicieuse Audrey Hepburn dans le film "Diamants sur canapé" de Blake Edwards. Il y est question de "my huckleberry friend", ce qui collerait bien avec Finn (Huckleberry Finn, vous connaissez?!), et j'imagine que ce n'est pas un hasard La première partie de Stephan assure.

L'entracte me laisse le temps de m'installer. Bonne vue sur la scène, décorée de façon minimaliste, à l'image d'un studio photo : parapluies (noirs ou dorés) et globes (qui seront lune ou soleil au fil des chansons et des éclairages magnifiques). Les instruments de musique l'occupent déjà pendant qu'on s'affaire à droite, à gauche.

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0 mn au cours duquel un ballon de baudruche flotte en zigzag au dessus des premiers rangs sur une petite musique de fond, se termine. avant le retour de l'obscurité, trouée d'un disque de lumière lunaire qui, sous une pluie d'applaudissements, vient chercher notre hôte de ce soir, seul et tout de noir et blanc vêtu, comme sa guitare, fraîchement débarqué à l'Olympia, la veille.

Pour se débarrasser de sa nervosité, expliquera-t-il plus tard, il chante deux anciennes chansons : "Two people in a room" (de plus en plus belle au fur et à mesure qu'il la dépouille de ses artifices) et "Pas d'ami comme toi", histoire que le public et lui refassent connaissance, un peu comme ces souvenirs qu'on échange en préambule à toute conversation quand on ne s'est pas vus depuis un certain temps. Reyn arrive en catimini devant ses claviers (sa basse, sa batterie, etc …) sur les écumes celtiques de "Venez danser", suivi de près par le très dandy Toby Dammit (batteur, percussions, instruments bizarres et variés…) et le beau gosse du groupe Calexico, Martin Wenk (trompette, guitare, percussions, yukulele…) pour un profond et puissant "Eldorado" (very extended version, avec chœurs somptueux!!) Le train est lancé, le ton est donné. Le concert va respirer ample et large, comme dans les plaines du Far West, entre ambiance veillée feu de camp, pensées secrètes du "poor lonesome cowboy" et décharges d'adrénaline lors d'affrontements invisibles, en ombres chinoises sur écran de fond de scène

Ces quatre-là se comprennent d'un regard, d'une mimique, c'est évident. On les verra, durant le reste du concert, passer d'un instrument à l'autre en traversant la scène en courant, sautant par-dessus des câbles, comme un jeu. Stephan a enlevé sa veste mais enfile son "Manteau de Gloire" aux arrangements cuivrés et chatoyants. "Hemmige" est précédé d'un échange énigmatique avec la salle :
"chacun choisit une note au hasard et la chante quand je fais signe" ; s'ensuit une joyeuse cacophonie, puis quelque chose de plus harmonieux. Ca démarre sur une atmosphère de corrida/feria (le public ne bronche pas, dans les premiers rangs du moins) qui serait rythmée par le bruit d'un coucou suisse et celui de la foule que Stephan a enregistré quelques minutes auparavant. Mr Dammit laisse négligemment et ostensiblement tomber le traditionnel sac en plastique qui battait depuis des années la mesure de cette chanson : ça marque la fin d'une époque, ça! Intro un peu déviée mais vite reprise de "In Wolken", si rare en live, suivie d'une autre qui évoque "Tu ne me dois rien". Loupé, ce n'est pas ça! C'est "I tell this night", accompagnée tout en douceur au piano par Reyn, et des chœurs soyeux à souhait .

Des palas de Flamenco annoncent "Tu ne me dois rien" de façon tout à fait déconcertante, mais très bienvenue. Eldorado est bien du Sud!! Le show va à une allure soutenue, un peu à l'américaine. Les chansons s'enchaînent les unes après les autres et le son commence à devenir très fort.

Stephan demande que les enfants se bouchent les oreilles pour le 2ème couplet de la prochaine chanson (où son auteur fétiche, Ph. Djian, le fait aller "pisser dans le noir"). C'est une chanson de haine (sic), c'est "Confettis" : Stephan a la haine entraînante et rythmée!. 3 frappes de sticks de Toby Dammit et hop, "Combien de temps", style TGV lancé à fond dans la pampa avec éclairages violemment stroboscopiques et le son monte encore d'un cran! La salle sous pression libère des flots d'applaudissements et de cris à la fin.

"I cry at commercials " ramène un peu de calme, la voix est feutrée, la musique douce, genre piano/trompette bar, l'ambiance cosy, avec une petite place pour un jazz plus tonique, et une mention particulière à Martin Wenk, trompettiste hors pair.

"On nous a donné", toujours déclencheur de claquements de mains ou de doigts, a des couleurs tournoyantes, dans lesquelles "ce peu d'amour" se glisse à l'aise, lové dans le loop de Ronan le Bars et toujours accompagné de claquements de mains quand Stephan suspend son chant le temps d'une respiration.

Un petit problème avec un truc qui tombe me rappelle l'anecdote selon laquelle Stephan aurait, lors d'un concert voulu tout offrir au public, guitares, matériel etc…avant que son manager d'alors, Martin Hess, n'intervienne juste à temps pour lui préciser que tout ce matériel n'était pas encore payé et qu'il fallait le garder jusqu'à la fin de la tournée! "Rivière" trouve un accueil quasi religieux dans un silence qui a quelque chose de recueilli et voilà "Weiss Nid Was Es Isch", l'une de mes préférées sur "Eldorado", enlacée à la dentelle de piano de Reyn et à un harmonica si pudique qu'il en est presque déchirant.

Mi-sérieux, mi-rieur, Stephan demande ensuite qu'on attache les ceintures qu'on va trouver sous les sièges entre les chewing gum collés ; tout le monde attend "Campari Soda", mais c'est "Déjeuner en paix" qui déboule, méconnaissable, déconstruit, secoué au shaker, passé aux guitares saturées, à une batterie d'enfer, et aux stroboscopes. Fin tout à fait provisoire du concert puisque les applaudissements crépitent comme des salves de fusil aux fêtes nationales du côté de Santa Fe. Le plancher tremble.

Premier rappel avec les trois compères pour un très beau "Voyage", une chanson qui ne m'a réellement touchée que lorsque je l'ai entendue sur scène ; c'est là qu'elle s'est mise à vivre au souffle de la voix de Stephan, en s'ébrouant silencieusement comme les sapins sous la neige. Il y a du PygmaLion dans cet homme-là! Un joli loop sur "je suis une poussière" la nimbe d'une curieuse brume flottante, légèrement hypnotique. Ce voyage fait halte dans un bar où on prend un "Campari Soda" (malicieusement incrusté de quelques mesures de "Weiss Nid Was Es Isch"!!!) et son "Creap" (Radiohead) dedans, façon cocktail, qui se termine comme dans une arène, avec force "Olé" de la part du public qui soutient de son mieux la trompette de Martin Wenk. Elle annonce qu'il faut filer au "Rendez-Vous", très enlevé, plus mariachi que jamais, flamboyant sous le soleil brûlant des projecteurs qui éclairent la salle, debout, en standing ovation. Elle fait un triomphe à un musicien suisse, un certain Stephan Eicher qui présente à nouveau ses musiciens multiinstrumentalistes virtuoses (dont T. Dammit, coiffé d'un immense et scintillant sombrero!), qui saluent ce public et en acceptent l'hommage avec humilité et bonheur semble-t-il.

La salle, décidément très en forme, hurle, scande, crie, trépigne, tant et si bien que Stephan et sa fine équipe reviennent avec …Finn!! Ils chanteront en duo "Moon River" avec, chacun, une impalpable beauté de voix, très complémentaires. Purs instants de grâce à la fin desquels Finn saute de la scène et se faufile par la sortie de secours

"Je tiens à louer tous nos beaux efforts pour durer.....chacun reprend sa couverture et son caillou dans sa chaussure". Je sors de l'Olympia un peu groggy, l'air n'est même pas assez frais pour me remettre d'aplomb et la Seine est trop loin pour jouer les "Moon River". Alors il faut bien se rendre à l'évidence, l'Eldorado ne se visite pas, il se devine, on le ressent. Il peut s'illuminer en début de nuit, comme ce soir, mais il ne faut pas chercher à en ramener autre chose que des souvenirs chamarrés, des émotions à fleur de peau, une âme un peu ivre. Et ce soir, Stephan Eicher nous en a fait passer les frontières par ses chemins secrets de contrebande, dans le souffle chaud des chansons de là-bas, à la lueur mouvante et dorée d'une flamme invisible.

Marie-Hélène BEAUFILS
- Novembre 2007
© Whatever
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