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  Le Soir - 11/06/2003 :
 
Stephan Eicher en Taxi Europa Express


 


Stephan revient avec un album plus énergique que jamais. Un nouveau manteau de gloire ?
Quel que soit le chiffre de ventes de ses disques, Stephan Eicher est toujours là : passionnant et original. Tendre et violent. Avec Philippe Djian aux textes français, des incursions allemandes, italiennes et anglaises. Avec Benjamin Biolay pour trois titres. Et surtout de superbes chansons à siffler (comme le fait si bien Micheline Dax), à danser, à chanter tête nue... Un retour en force pour notre ami Stephan.

ENTRETIEN AVEC THIERRY COLJON :

La plage titulaire de « Taxi Europa » est un trio franco-italo-allemand avec le jeune chanteur italien Max Gazzé et la star allemande Herbert Grönemeyer. C'est plus qu'un symbole...
Max est venu à un de mes concerts à Lyon. En fait, il a grandi à Bruxelles. Il m'a appelé car il est fan de ce que je fais. On a commencé à écrire ensemble et comme en plus il est excellent bassiste, je lui ai demandé de rejoindre mon groupe. Ce qui fait que mon bassiste est une star en Italie.
Herbert, on se connaissait avant qu'il ne vende trois millions de son dernier album. Lui, en Allemagne, c'est Johnny plus Renaud. Hier, j'ai fait sa première partie à Berlin devant 45.000 personnes.
Tout le monde en ce moment fait des duos. Moi, j'ai dit que le prochain truc, c'est des trios.
Là, je travaille sur une version de neuf minutes de la chanson avec plein de chanteurs européens.


Cette envie d'échanges est très forte sur ce disque sur lequel on retrouve Maurane, Micheline Dax, Benjamin Biolay, etc.

Entre « 1000 vies » et « Louanges », j'ai entrepris cette tournée mondiale qui m'a apporté beaucoup et en même temps m'a désorienté. Je ne comprenais plus rien. J'ai eu une phase de deux ans durant lesquels je n'ai plus beaucoup bougé. J'étais basé chez des amis, dans une forteresse sombre sur un rocher, près de Lausanne. J'ai composé pour Johnny, des musiques de films, etc. Puis je suis devenu papa une deuxième fois. Ça m'a ouvert les yeux car quand un bébé ne s'endort pas, il faut le prendre dans ses bras et marcher dans la chambre. Il se rendort. Je me suis dit que l'être humain a besoin d'être en mouvement pour se sentir en sécurité. L'idée des échanges est venue de là.

« On nous a donné » est une chanson très forte de deux pères (Philippe Djian et toi) qui se posent beaucoup de questions sur l'avenir de la société...
On est dans une situation globale de systèmes en place pour nous manipuler. CNN, la télé, les journaux, internet... On nous donne des espèces de libertés qui, à la fin, sont contraires à la liberté. Internet qu'on traite d'anarchique est le lieu qu'on peut le plus facilement contrôler.
Philippe et moi, à 43 ans, on commence à être un peu énervés. On a envie de faire du bruit. On nous refile de faux rêves qu'on doit payer puis on nous dit que ce n'est pas le bon, qu'il y en a un autre.

C'est vrai que ce disque est très immédiat, très énergique, foncièrement pop... mais sur des textes forts, loin d'être légers...
Je n'étais pas sûr de retravailler avec Djian. Les premières chansons qu'on a écrites se répétaient, on s'enfermait. C'est « La voisine » qui nous a montré la voie. C'est le meilleur texte qu'il a jamais écrit. C'est du Djian pur. On a vécu une petite crise puis on est parti dans de grandes discussions qui ont donné naissance à ces chansons. C'est peut-être un peu grâce à Johnny...
On a retrouvé pour lui une simplicité dans l'émotion. J'ai dit à Philippe : écris pour Johnny, pour Plastic Bertrand, je m'en fous mais plus pour Eicher.

Que représente Johnny pour un Suisse allemand ?
Je l'ai découvert en 1994 aux Francofolies de La Rochelle car je faisais sa première partie. Je savais qu'il existait mais... avec un petit sourire. Ce n'était pas Gainsbourg pour moi. A la balance, je me suis rendu compte que ce mec était énorme : un charisme, une façon de se livrer, de donner. Mes sourires se sont transformés en véritable respect qui est resté. J'ai adoré ce que Pierre Jaconelli a fait avec notre morceau. J'ai voulu continuer dans cette simplicité. C'est pour ça que j'ai demandé à Pierre de produire quelques chansons de mon disque.

« Louanges » était automnal et ce « Taxi Europa » est plus printanier...
Sur scène, ça devient violent, c'est vrai. Après les hôtels, le garage, je te l'avais dit. Là, on est quatre potes faisant du bruit sur scène. On revient de deux semaines de concerts en Allemagne devant un public qui ne vient pas pour nous et quel plaisir de donner cette énergie. Je suis content de cette direction.

Le fait d'avoir écrit pour Johnny, d'avoir collaboré avec I Muvrini, avec Maurane, avec Rodolphe Burger, d'avoir écrit la musique du film « Monsieur N » pour Antoine de Caunes... Tout ça fut une sorte de distraction, d'ouverture à d'autres mondes...
Apprendre dans le calme est une phrase qui m'est venue comme ça. Et puis ça m'a fait du bien de ne plus montrer ma tête. J'en avais marre de mon image, de moi. Je me suis dit que le public le remarquerait et en aurait aussi marre de moi.

Que t'inspire la nouvelle Europe en construction ?
La Turquie est un pays fascinant. Tu y sens la partie européenne et la partie asiatique. Je ne suis pas politicien mais ce qui m'intéresse, c'est la problématique suisse. J'ai trouvé une solution mais à prendre avec un grand sourire : ce n'est pas la Suisse qui doit devenir européenne mais l'Europe qui doit devenir suisse. La Suisse est le pays qui fonctionne depuis très longtemps comme le devrait l'Europe : avec des petits cantons très indépendants, qui nettoient devent leur porte et parlent des langues différentes mais s'assemblent dans une communauté plus grande. La Suisse est un laboratoire un peu trop arrogant peut-être car on s'enferme sur nous et on ne bouge plus. On devient une île avec du chauvinisme et une méfiance absurdes.
On est les meilleurs marins aujourd'hui... sans avoir de mer.

C'est pour ça que Maurane chante en suisse allemand sur le disque ?
C'est la plus belle voix francophone pour moi. Comme on était en studio ensemble, je lui ai demandé de chanter en suisse. C'est plus original que de faire un duo.·

Album, « Taxi Europa » (Virgin).

Stephan Eicher sera en concert à l'Ancienne Belgique le 19 octobre prochain. Infos et réservations au 02-245.28.10 et sur le site www.abconcerts.be