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Stephan revient avec un album plus énergique
que jamais. Un nouveau manteau de gloire
?
Quel que soit le chiffre de ventes de ses
disques, Stephan Eicher est toujours là
: passionnant et original. Tendre et violent.
Avec Philippe Djian aux textes français,
des incursions allemandes, italiennes et
anglaises. Avec Benjamin Biolay pour trois
titres. Et surtout de superbes chansons
à siffler (comme le fait si bien
Micheline Dax), à danser, à
chanter tête nue... Un retour en force
pour notre ami Stephan.
ENTRETIEN
AVEC THIERRY COLJON :
La
plage titulaire de « Taxi Europa »
est un trio franco-italo-allemand avec le
jeune chanteur italien Max Gazzé
et la star allemande Herbert Grönemeyer.
C'est plus qu'un symbole...
Max est venu à un de mes concerts
à Lyon. En fait, il a grandi à
Bruxelles. Il m'a appelé car il est
fan de ce que je fais. On a commencé
à écrire ensemble et comme
en plus il est excellent bassiste, je lui
ai demandé de rejoindre mon groupe.
Ce qui fait que mon bassiste est une star
en Italie.
Herbert, on se connaissait avant qu'il ne
vende trois millions de son dernier album.
Lui, en Allemagne, c'est Johnny plus Renaud.
Hier, j'ai fait sa première partie
à Berlin devant 45.000 personnes.
Tout le monde en ce moment fait des duos.
Moi, j'ai dit que le prochain truc, c'est
des trios.
Là, je travaille sur une version
de neuf minutes de la chanson avec plein
de chanteurs européens.
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Cette envie d'échanges est très
forte sur ce disque sur lequel on retrouve Maurane,
Micheline Dax, Benjamin Biolay, etc.
Entre « 1000 vies » et « Louanges
», j'ai entrepris cette tournée mondiale
qui m'a apporté beaucoup et en même
temps m'a désorienté. Je ne comprenais
plus rien. J'ai eu une phase de deux ans durant
lesquels je n'ai plus beaucoup bougé. J'étais
basé chez des amis, dans une forteresse
sombre sur un rocher, près de Lausanne.
J'ai composé pour Johnny, des musiques
de films, etc. Puis je suis devenu papa une deuxième
fois. Ça m'a ouvert les yeux car quand
un bébé ne s'endort pas, il faut
le prendre dans ses bras et marcher dans la chambre.
Il se rendort. Je me suis dit que l'être
humain a besoin d'être en mouvement pour
se sentir en sécurité. L'idée
des échanges est venue de là.
«
On nous a donné » est une chanson
très forte de deux pères (Philippe
Djian et toi) qui se posent beaucoup de questions
sur l'avenir de la société...
On est dans une situation globale de systèmes
en place pour nous manipuler. CNN, la télé,
les journaux, internet... On nous donne des espèces
de libertés qui, à la fin, sont
contraires à la liberté. Internet
qu'on traite d'anarchique est le lieu qu'on peut
le plus facilement contrôler.
Philippe et moi, à 43 ans, on commence
à être un peu énervés.
On a envie de faire du bruit. On nous refile de
faux rêves qu'on doit payer puis on nous
dit que ce n'est pas le bon, qu'il y en a un autre.
C'est
vrai que ce disque est très immédiat,
très énergique, foncièrement
pop... mais sur des textes forts, loin d'être
légers...
Je n'étais pas sûr de retravailler
avec Djian. Les premières chansons qu'on
a écrites se répétaient,
on s'enfermait. C'est « La voisine »
qui nous a montré la voie. C'est le meilleur
texte qu'il a jamais écrit. C'est du Djian
pur. On a vécu une petite crise puis on
est parti dans de grandes discussions qui ont
donné naissance à ces chansons.
C'est peut-être un peu grâce à
Johnny...
On a retrouvé pour lui une simplicité
dans l'émotion. J'ai dit à Philippe
: écris pour Johnny, pour Plastic Bertrand,
je m'en fous mais plus pour Eicher.
Que représente Johnny pour un Suisse
allemand ?
Je l'ai découvert en 1994 aux Francofolies
de La Rochelle car je faisais sa première
partie. Je savais qu'il existait mais... avec
un petit sourire. Ce n'était pas Gainsbourg
pour moi. A la balance, je me suis rendu compte
que ce mec était énorme : un charisme,
une façon de se livrer, de donner. Mes
sourires se sont transformés en véritable
respect qui est resté. J'ai adoré
ce que Pierre Jaconelli a fait avec notre morceau.
J'ai voulu continuer dans cette simplicité.
C'est pour ça que j'ai demandé à
Pierre de produire quelques chansons de mon disque.
« Louanges » était
automnal et ce « Taxi Europa » est
plus printanier...
Sur scène, ça devient violent, c'est
vrai. Après les hôtels, le garage,
je te l'avais dit. Là, on est quatre potes
faisant du bruit sur scène. On revient
de deux semaines de concerts en Allemagne devant
un public qui ne vient pas pour nous et quel plaisir
de donner cette énergie. Je suis content
de cette direction.
Le fait d'avoir écrit pour Johnny,
d'avoir collaboré avec I Muvrini, avec
Maurane, avec Rodolphe Burger, d'avoir écrit
la musique du film « Monsieur N »
pour Antoine de Caunes... Tout ça fut une
sorte de distraction, d'ouverture à d'autres
mondes...
Apprendre dans le calme est une phrase qui m'est
venue comme ça. Et puis ça m'a fait
du bien de ne plus montrer ma tête. J'en
avais marre de mon image, de moi. Je me suis dit
que le public le remarquerait et en aurait aussi
marre de moi.
Que t'inspire la nouvelle Europe en construction
?
La Turquie est un pays fascinant. Tu y sens la
partie européenne et la partie asiatique.
Je ne suis pas politicien mais ce qui m'intéresse,
c'est la problématique suisse. J'ai trouvé
une solution mais à prendre avec un grand
sourire : ce n'est pas la Suisse qui doit devenir
européenne mais l'Europe qui doit devenir
suisse. La Suisse est le pays qui fonctionne depuis
très longtemps comme le devrait l'Europe
: avec des petits cantons très indépendants,
qui nettoient devent leur porte et parlent des
langues différentes mais s'assemblent dans
une communauté plus grande. La Suisse est
un laboratoire un peu trop arrogant peut-être
car on s'enferme sur nous et on ne bouge plus.
On devient une île avec du chauvinisme et
une méfiance absurdes.
On est les meilleurs marins aujourd'hui... sans
avoir de mer.
C'est pour ça que Maurane chante
en suisse allemand sur le disque ?
C'est la plus belle voix francophone pour moi.
Comme on était en studio ensemble, je lui
ai demandé de chanter en suisse. C'est
plus original que de faire un duo.·
Album, « Taxi Europa » (Virgin).
Stephan Eicher sera en concert à l'Ancienne
Belgique le 19 octobre prochain. Infos et réservations
au 02-245.28.10 et sur le site www.abconcerts.be
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