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La
destruction de l'hôtel Hess à
Engelberg, qui avait inspiré certains
de ses plus grands succès, a sonné
pour l'Helvète la fin d'une époque.
Attaché à un lieu défunt,
il se fera désormais nomade, parti
explorer le Vieux Continent sous toutes
ses coutures.
En taxi ou dans sa tête...
Pas toujours
facile à suivre, le garçon.
Rien que cette année 2003, ce sera
à un véritable jeu de piste
discographique qu'il nous conviera. Un bombardement
en règle entamé l'an dernier
avec "Hôtels*S", compilation
fermant de son propre aveu un chapitre et
suivie de près, au début de
ce printemps, par la bande originale un
peu passée inaperçue de "Monsieur
N", seconde réalisation de l'ami
de longue date Antoine de Caunes.
Et dans le cocon sécurisant des studios
Guillaume Tell, en banlieue parisienne,
où il parachève encore le
mixage malgré une sortie prévue
deux mois plus tard, c'est de sa bouche
même que l'on apprend la ressortie,
pour la fin de l'année, de son tout
premier album solo initialement sorti en
1983, Les Chansons bleues dont les bandes
d'origine ont été nettoyées.
Autant
de routes empruntées qui risquent
en tout cas de déconcerter un public
pour qui Stephan est avant tout (seulement?)
un "chanteur de variété":
«Cela fait des années que je
fonctionne ainsi sur de multiples projets.
Mais ils ne sont volontairement pas médiatisés
comme peut l'être ma carrière
solo principale. Pourtant, au final, cela
représente quand même environ
80 % de ce que je produis. ».
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LA GRANDE EUROPE?
Derrière ce titre simple, Taxi Europa,
et le concept qui l'accompagne, Eicher veut voir
une continuité avec sa muse précédente,
ce fameux hôtel Hess à Engelberg,
détruit au printemps200l. De notre côté,
on pencherait plutôt pour un désir
à la limite de l'inconscient de mouvement
perpétuel sans cesse réaffirmé.
Une volonté illustrée par un entourage
complètement renouvelé. Si son parolier
(depuis 1989)et romancier Philippe Djian est toujours
de la partie, on retrouve sur Taxi Europa une
liste d'artistes semblant indirectement illustrer
ce sentiment communautaire qu'il souhaitait mettre
en avant: la Belge Maurane, la sehr grosse star
de la pop allemande Herbert Grönemeyer (pour
une trio enregistré à Londres avec
le chanteur de variété italienne
Max Gazze), un DJ-programmeur hollandais (Reyn),
le décidément omniprésent
Benjamin Biolay -que l'on croisera d'ailleurs
ce jour-là, venu fureter dans les studios
-pour trois chansons. Sans oublier, pour diriger
la manœuvre, Pierre Jaconelli, producteur-arrangeur
de Johnny Hallyday et Zazie, rencontré
quand notre Johnny national lui demanda d'écrire
un titre, "Ne reviens pas", pour son
dernier album, "A la vie, à la
mort."
Mais, défilé de "guests"
ou pas, le meilleur symbole de ce concept européen
reste Stephan lui-même, véritable
kaléidoscope d'origines culturelles débordant
à la fois sur la diaspora tzigane, l'Allemagne,
la Suisse et la France. «Et pourtant
je ne crois pas réellement en l'Europe,
contrecarre-t-il presque aussitôt.
Rien que sur le plan musical, combien de Français
savent vraiment ce qui se passe de l'autre côté
du Rhin? Je ne vois vraiment qu'un seul pays pour
représenter, à une échelle
miniature, ce que devrait être l'Europe,
avec quatre langages, un système de la
démocratie directe [comprendre des
référendums ponctuels, Ndlr] et
son système de cantons: la Suisse! Et,
savent ironiquement, elle ne fait ce qui se même
pas partie de cette Europe! C'est une idée
qui existe et qui me séduit.Mais rien qu'un
événement comme cette étrange
guerre qui vient de se terminer en Irak prouve
qu'elle ne marche pas. Ou en tout cas pas encore.
»
De là à assimiler Taxi Europa et
sa teneur générale à un constat
d'échec, il n'y a qu'un pas.
Là encore toutefois, Eicher est le premier
à poser des bémols:
«Pour moi, cette Europe existe avec
mes amis les musiciens, dans le fait de passer
d'une langue à l'autre depuis mon tout
premier
disque. C'était d'ailleurs un handicap
au début...Mon groupe de scène,
ce sont deux Allemands, un suisse, un italien,
plus un américain! Simplement, je ne suis
pas assez naïf pour croire qu'il nous suffit
d'avoir tous la même monnaie pour que nous
représentions une entité, un ensemble.
Si tu demandes ce que représente pour moi
aujourd'hui l'Europe, je te répondrais
quelque chose de multiculturel comme Arte. Ou
encore mieux, ce train qui t'emmène partout
en Europe en une poignée d'heures et qui
nous rassemble plus que Schröder et Chirac
réunis, le Thalys (rires)!»
ROAD
MOVIE
Des idées, des envies, Stephan en a. En
permanence. Un goût des expérimentations
hérité de ses études à
l'école des Beaux-Arts de Zurich. Sa dernière
folie en date est d'ailleurs directement liée
à cet album: une sorte de road-movie de
bric et de broc tourné entre la fin de
l'enregistrement et le mixage de cet album où
Stephan joue le (faux) naïf (re)découvrant
le continent européen à bord d'un
(vrai) taxi:
«J'ai décidé de partir
sur un coup de tête. Et de toute façon,
je m'en fous vu que c'est mon propre argent que
je balance ainsi par les fenêtres (sourire)!
Avec Loïc Djian, le fils de Philippe, nous
voulions partir en quête de cette fameuse
passe de Europe dont les principales du Rhin?»
artères. naturelles étaient autrefois
les voies fluviales utilisées à
des fins commerciales. Sauf qu'aujourd'hui les
fleuves ont été supplantés
par les autoroutes. Nous avons donc pris un taxi
à Hambourg et nous sommes descendus jusqu'à
Palerme, 2600 kilomètres plus loin, le
tout en une semaine, avec juste deux petites DV
et une technique réduite au minimum. »
Que compte-t-il faire du résultat? Un grand
éclat de rire, un petit sourire penaud
seront ses seules réponses. C'est aussi
ça, l'Europe: beaucoup de projets, qui
n'aboutissent pas forcément...
L'essentiel est de toujours aller de l'avant.
Virgin
Texte : Olivier BADIN
Photo : Marco Dos Santos/Ixo Images
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